J’ai assisté hier lors des MOV’EO DAYS à une table ronde « En route pour le véhicule de demain ». 2 thématiques ont fait l’objet de discussions : le véhicule autonome et le véhicule serviciel (donc les services de mobilité).

Je pose dans cet article la question que je n’ai pas eu l’occasion de poser lors de la table ronde, un brin provocatrice : les constructeurs automobiles sont-ils en position de concevoir le véhicule du futur ?

Le défi des services de mobilité et du véhicule autonome

Quand je songe aux 2 thématiques qui ont été abordés et à la teneur des débats, je me dis que ne c’est pas gagné d’avance pour les constructeurs.

Les services de mobilité

Il a été question de services de mobilité et de la place de la voiture dans ces services. M. Payen, de Veolia Transdev, a dessiné un beau tableau de la mobilité du futur : sobre, optimisée, interconnectée, simple, humaine. Pour lui, le véhicule n’est qu’un élément important du service…

Pour M. Beretta (AVERE) en revanche, l’une des caractéristiques du véhicule serviciel est qu’il doit rester « beau » ou « joli », attrayant en fait. Sous-entendu (goguenard), pas comme certains véhicules en autopartage à Paris… suivez mon regard 😉 Gloussements complices et d’approbation dans l’assistance. On peut comprendre la frustration de l’orateur et de l’assistance : Autolib’ est le projet de mobilité partagée le plus ambitieux au monde actuellement en service et le véhicule utilisé est une « vulgaire » Bluecar, voiture « moche », basique, sans phares à LED « racés », mais surtout, comble de l’infâmie, son constructeur… n’est pas un constructeur ! SNIF !

Donc pour résumer : le donneur d’ordre dans les services de mobilité (Veolia Transdev) pense qu’il faut des véhicules simples, économiques, conçus pour répondre à des usages (et un cahier des charges) spécifiques, tandis que les constructeurs pencheraient plutôt pour un véhicule traditionnel, avec des valeurs, une image de marque, beaucoup de marketing. Irréconciliable ?

Renault est le seul constructeur traditionnel aujourd’hui à avoir osé la conception d’un véhicule urbain électrique, le Twizy, qui pourrait être le support de futurs services de mobilité, à condition d’être compétitif en prix et performances. Il est vrai que des Twizy au sein du service Autolib’, ce ne serait pas déplaisant, à moins qu’un véhicule électrique plus traditionnel de la gamme PSA ou Renault ne soit finalement choisi. Dans la mesure où pour un opérateur de mobilité (Veolia Transdev ou Bolloré), le véhicule n’est pas essentiel, il n’y aurait rien de surprenant à ce que le système Autolib’ élargisse sa gamme de véhicules disponibles au-delà de la Bluecar.

Le véhicule autonome

Le véhicule autonome a été abordé du bout des lèvres sur la table ronde, il a été mentionné qu’un « Etat aux Etats-Unis aurait autorisé la circulation de véhicules autonomes » et même qu’un « véhicule autonome aurait roulé » là-bas, chez nos cousins américains.

Il n’a pas été mentionné que ce véhicule a été conçu, développé et testé par… Google (sur la base d’une toyota Prius) ! Ni que cet « Etat américain » est la Californie, à l’initiative de Google principalement (suite à des autorisations de test dans le Nevada). S’il est vrai que de grands constructeurs (Daimler, Audi, mais aussi Ford et General Motors) s’intéressent au sujet, la Google Car est le véhicule ayant (de loin) accumulé le plus de distance sur route dans des conditions réelles : plus de 400 000 kilomètres à ce jour. Il faut noter que les constructeurs français sont absents des projets expérimentaux grandeur nature jusqu’ici.

D’ailleurs « le chemin est long vers la voiture autonome, de nombreuses étapes vers une autonomisation progressive doivent être franchies… ce n’est pas pour demain. » Sauf que çà roule en Californie, même si c’est un prototype non commercialisable à ce jour !

Le véhicule autonome séduira la génération Y

Il paraîtrait que le principal problème ne serait pas technique – « nous avons la technologie » – mais dans les mentalités : personne aujourd’hui ne serait prêt à monter dans une voiture autonome… ce serait cela le véritable frein. Sauf que je constate que la voiture ayant effectué le plsu de kilomètres en conditions réelles, c’est la Google Car, que si des technologiques existent peut-être en Europe, elles sont encore dans les laboratoires et sur les circuits (combien d’années de retard cela représente-t-il ?), et que M. Tavarres (DG délégué aux opérations de Renault) a affirmé plus tôt dans la matinée qu’il avait été séduit par son test d’un véhicule autonome (un prototype de Renault ou une Google Car, il n’a pas précisé), tant au niveau du confort que de la maturité des technologies.

Moi je suis comme M. Tavarres, je suis très séduit par le concept : quand je pars en week-end avec toute a petite famille à l’arrière, j’apprécierais de pouvoir laisser le volant et me détendre ou bien m’occuper des enfants à l’arrière (vous savez, ceux qui se disputent à l’arrière, sont malades, s’ennuient ou bien jettent leurs jouets et râlent jusqu’à ce que quelqu’un ait le bras assez long pour récupérer le précieux objet). Toutes opérations plutôt dangereuses en l’état actuel de la technique !

Plus généralement les générations qui n’ont pas encore accédé à la propriété d’un véhicule neuf (moins de 35 ans) seraient susceptibles d’adopter rapidement une conduite autonome.

Le véhicule autonome, une question de sécurité routière ?

Par ailleurs il est bien connu que « l’enfer c’est les autres », et la route n’y échappe pas, bien au contraire. Aujourd’hui nous arrivons à un point ou le véhicule traditionnel a un niveau de performances de sécurité passive et active élevés. Les accidents sont très rarement causés par des défaillances du véhicule ou un manque de performances, mais par des défaillances et un manque de performance des conducteurs ! Donc pour baisser la sinistralité, la seule solution de long terme (outre la réduction du nombre de kilomètres parcourus en voiture) sera de supprimer la cause de ces accidents… le conducteur.

Je suis un conducteur faillible, et pire, il y a des conducteurs plus faillibles que moi. En plus je ne peux pas identifier spontanément les conducteurs les plus « faillibles » ou « dangereux ».

Par conséquent je suis tout à fait séduit par l’opportunité de remplacer les autres conducteurs sur la route par un système plus sécurisé que moi, ayant de meilleures capacités d’anticipation et d’adaptation aux dangers de la route.

La difficulté toutefois sera la crainte que ce ne soit la technologie qui ne fasse défaut. Humainement beaucoup préfèreront vivre sur la route avec la faillibilité humaine plutôt que la faillibilité technologique (même si celle-ci est 10 fois inférieure) . Finalement cela pourrait revenir à une querelle de génération entre les plus jeunes qui auront tendance à faire une confiance aveugle à la technologie et les plus anciens accordant plus de confiance à leur propre autonomie.

Le véhicule autonome sera le support idéal de services de mobilité

Cette difficulté sera peut-être d’abord surmontée par la mise en place de services de mobilité basés sur des véhicules autonomes, afin d’amortir le surcoût de la technologies, bénéficier de capacités de supervision et maintenance du système plus importantes et rassurer les usagers. Après tout, les métros modernes n’ont déjà plus de conducteur : ils sont automatiques avec une supervision globale du trafic sur les lignes.

En fait la perspective de véhicules autonomes à horizon 15-20 ans est extrêmement stimulante! En effet ces véhicules ne seront plus fondamentalement des « voitures » tant la voiture est associée à la conduite. Ce seront des véhicules parfaits pour développer de nouveaux services de transport mutualisés mais individualisés. Bien sûr les véhicules autonomes dans des services de mobilité seront sobres et efficients, mais surtout l’optimisation de leur usage pourrait être maximale :

  • Dimension temporelle : le véhicule, au sein d’un système de mobilité, serait en circulation au moins 12 heures par jour, recevant sans cesse de nouvelles missions ;
  • Dimension spatiale : le véhicule peut être « rempli » au maximum, dans un mode « taxi collectif » hyper efficient.

Les nouveaux services pouvant être créés sur la base de véhicules autonomes sont nombreux et riches, ils restent bien sûr à être imaginés.

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2 réflexions sur “Les constructeurs concevront-ils le véhicule du futur ?

  1. La frilosité française commence à devenir pénible.
    Entre les chasses gardées de l’État, les réserves syndicales, les peurs politiques, le découragement industriel, l’attentisme du public et le conservatisme franchouillard, nous ne sommes pas sortis de l’ornière.

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