Changement climatique aux Etats-Unis : Sandy ravive le débat!

Le débat sur la changement climatique, très clivant aux Etats-Unis, aboutit graduellement à des positions idéologiques figées entre ceux qui pensent que le changement climatique est une réalité et qu’il faut prendre des actions politiques (90% des démocrates) et ceux qui rejettent, pour des raisons diverses, la réalité du changement climatique ou bien son origine anthropique. Pourtant les positions semblent moins figées qu’il n’y paraît dans l’opinion publique américaine qui a connu des évolutions marquées au cours des 15 dernières années. Si les actions de lobbying traditionnel ont eu leurs effets, voir mon article précédent Changement climatique aux Etats-Unis : un combat idéologique acharné. Mais aujourd’hui l’opinion publique semble davantage évoluer au gré des phénomènes météorologiques qui touchent ou non les Etats-Unis (soyons clair, les conséquences du réchauffement climatique en-dehors du territoire américain n’ont aucune influence sur l’opinion américaine).

Et si Frankenstorm, les sécheresses et autres évènements météorologiques extrêmes étaient désormais les seuls moyens efficaces d’enclencher une prise de conscience et un changement de comportement rapides ? Analyse…

L’opinion des américains est fortement influencée par la météo

Depuis 2008 l’offensive climatosceptiquea permis d’insinuer le doute sur le changement climatique, la proportion de la population considérant que le changement climatique est une réalité étant passée de 66% en 2007 à moins de 50% en 2010 (sondage Gallup). La compagne climatosceptique a surtout renforcé l’idée que si changement climatique il y a, il est dû principalement à des phénomènes naturels plutôt que des causes anthropiques. Ainsi selon les sondages Rasmussen Reports, en avril 2008, 47% des sondés citaient principalement les causes anthropiques, pour seulement 34% citant des phénomènes naturels. Fin 2009 – début 2010 la tendance est renversée : seuls 33% des sondés citent les causes anthropiques et 50% mettent en avant les phénomènes naturels ! À partir de 2010 l’opinion américaine tend vers une plus grande acceptation de la réalité du réchauffement climatique,, le débat se focalisant sur les causes de ce réchauffement. La réalité du changement climatique croît à la suite de catastrophes météorologiques qui frappent les Etats-Unis en 2011 et 2012. Ainsi à l’été 2012 l’université d’Austin au Texas réalise un sondage qui montre que le réchauffement climatique est une réalité pour 70% des américains, en hausse de 5 points par rapport au mois de mars. À cet époque les Etats-Unis font face à la sécheresse la plus sévère de l’histoire moderne et les chercheurs à l’origine de l’étude relèvent explicitement le lien entre catastrophes extrêmes et prise de conscience par le grand public. Au cours de l’année 2011, annus horribilis météorologique avec 10 catastrophes ayant coûté plus d’1 milliard de dollars, cette opinion s’était déjà renforcée significativement. Finalement seule une minorité de la population américaine croit fermement que le réchauffement climatique n’existe pas, et elle se rencontre essentiellement parmi les Tea Parties : seuls 34% d’entre eux croient au changement climatique, contre 53% des républicains en général et 78% des démocrates (Sondage Center for Climate Change Communication), et les opinions se radicalisent. Selon les chercheurs de l’Université du Texasqui réalisent le UT Energy Poll périodiquement, l’affiliation politique est le principal déterminant de l’opinion sur le climat et les phénomènes météorologiques aux Etats-Unis sont le principal déterminant des évolutions globales de prise de conscience du réchauffement climatique. C’est ainsi que leur sondage réalisé exceptionnellement en juillet dernier a montré un bond de l’acceptation du changement climatique par rapport au même sondage 3 mois plus tôt seulement. L’état de catastrophe naturelle dans plus de la moitié des Etats américains semblait y être pour quelque chose. Dans ces conditions on imagine que Sandy, qui a provoqué d’important dégâts sur toute la côte Est des Etats-Unis, après Irène l’an dernier qui avait été moins destructeur, ne renforce cette prise de conscience.

Ou bien est-ce la couverture médiatique qui influence l’opinion publique ?

Plus que les conséquences directes de ces phénomènes météorologiques, je m’interroge sur ce qui modifie concrètement la perception de changement climatique. Il faut rappeler que ces phénomènes ne peuvent avec certitude être liés au changement climatique. C’est l’analyse de long terme et à l’échelle du globe de ce type d’évènements qui permet de tirer des conclusions, même si les scientifiques ont tenté de déterminer la probabilité que certains évènements comme Irène l’an dernier soient liés au réchauffement. Le problème, c’est que comme individus nous avons une perception locale et essentiellement court terme (nous ne pouvons nous fier totalement à notre mémoire, il y a trop de biais, et celle-ci ne couvre de toute façon que quelques décennies).

C’est la raison pour laquelle différentes études concluent sur le fait que notre perception du réchauffement est et restera certainement influencée par l’information que nous obtenons sur les phénomènes météorologiques, et non climatiques. Si des phénomènes comme la vague de sécheresse de cet été ou l’ouragan Sandy, alias Frankenstorm, ont un tel impact sur l’opinion publique, c’est selon moi à cause de leur médiatisation extrême. Seule une petite minorité d’américains est directement concernée et / ou a été confrontée aux conséquences de Sandy, mais les medias ont à juste titre assuré une couverture 24/24 pendant plusieurs jours de l’évènement et de ses conséquences, notamment politiques. Donc l’information sur ce phénomène météorologique extrême est entré dans le quotidien de chaque américain ou presque, ce qui n’est pas le cas de chaque ouragan, par exemple ceux dans le golfe du Mexique, fréquents (hormis Katrina en 2005 bien sûr à cause des dégâts occasionnés).

Par contraste, l’information sur l’extrême sécheresse aux Etats-Unis cet été mais aussi d’autres parties du monde a probablement très peu affecté notre perception du changement climatique en France et en Europe de l’ouest ou l’été a été doux et plutôt humide au global. Le simple fait d’avoir l’information avait d’ailleurs peu d’impact puisque notre / mon expérience était celle d’une saison estivale humide et (trop) douce là où je me trouvais (un été pourri, quoi!). Le pouvoir médiatique ne se résume donc pas dans la mise à disposition d’une information (beaucoup de personnes en France ont eu connaissance de la sécheresse aux Etats-Unis), mais dans sa capacité à partager une émotion, à faire « communier à l’évènement », ce que les media américains excellent à faire (un peu à l’excès pour un européen bien souvent 😉 ).

L’inconvénient, c’est qu’il y a du coup un biais introduit par le traitement des phénomènes météorologiques, qui déforme notre perception. La couverture TV + réseaux sociaux est celle qui nous fait participer à l’évènement d’une manière qui n’était pas possible dans les années 80 par exemple. Donc notre perception des phénomènes récents est amplifié par rapport à notre perception des phénomènes du passé.

Quelles conséquences pour la lutte contre le changement climatique ?

Si la couverture médiatique (et j’insiste sur le rôle des réseaux sociaux dans sa capacité à susciter l’empathie et propager l’émotion) a un tel rôle dans notre perception du changement climatique, cela a de nombreuses conséquences. Tout d’abord cela peut être vu comme un outil pédagogique majeur : les media ont besoin de sensationnel et d’extraordinaire et vont donner de l’importance à ces phénomènes.

Le (gros) revers de la médaille c’est que tous les évènements ne sont pas traités de la même façon (les conséquences de Sandy à Haïti ne peuvent être traitées de la même façon). Par ailleurs l’absence de phénomène météorologique extrême ne signifie pas qu’il n’y a pas changement climatique. Enfin si les media se lassent de relater les phénomènes extrêmes, que deviendra notre perception ?

Je m’interroge aussi sur la transformation d’une perception en action. Aux Etats-Unis comme en France le réchauffement climatique est malgré tout de plus en plus accepté comme une réalité, mais nous peinons à prendre / accepter des actions courageuses. Plusieurs mécanismes me semblent à l’oeuvre :

  • Nous minimisons la portée du réchauffement climatique ;
  • Nous minimisons notre propre responsabilité, soit en attribuant une partie des changements à des évolutions naturelles du climat, soit en accusant les voisins (surtout s’ils sont lointains, surtout s’ils sont chinois). Soit dit en passant, la balance commerciale chinoise étant largement excédentaire, cela signifie qu’une grande partie de leur production (de leur émissions de CO2) est bien destinée à nos pays;
  • Finalement nous nous disons que nous ne pouvons plus faire grand-chose pour inverser le cours des évènements qui peuvent apparaître inéluctables. Il est acquis que réchauffement il y a, qu’il s’accélèrera, et que conséquences il y aura. La seule question est de savoir si nous pourrons limiter ce réchauffement et surtout nous adapter aux conséquences : attitude fataliste mais peut-être pragmatique…

Les lobbys et les idéologues à l’oeuvre pour empêcher toute action de réduction des émissions de CO2 savent parfaitement user des 3 ressorts ci-dessus et insinuer le doute (cf. mon article précédent « Changement climatique aux Etats-Unis : un combat idéologique acharné »), qui finit par bloquer l’action politique.

Quelles conséquences sur les choix en matière de mobilité aux Etats-Unis ?

Il est difficile prévoir les conséquences que les évènements des derniers jours pourraient avoir sur les pratiques et les politiques de mobilité aux Etats-Unis. Il y a cependant quelques points intéressants à relever :

  • Le réseau de transports en commun a subi d’importants dégâts et inondations et a été fermé plusieurs jours. Il a cependant partiellement réouvert à New-York et contribue au retour à la vie normale ;
  • En parallèle la circulation automobile reste compliquée, entre embouteillages et pénurie de carburant. Beaucoup de commentateurs recommandent plutôt d’utiliser le vélo à Manhattan !
  • Les autorités ont imposé un covoiturage obligatoire : impossible de franchir l’un des ponts ou tunnels (parmi ceux qui ont rouvert) reliant Manhattan au continent avec moins de 3 personnes dans le véhicule! Il serait intéressant d’obtenir des informations sur les outils utilisés par les conducteurs pour remplir leur véhicule : partage entre amis, sites dédiés, auto-stop, etc… Il y aurait des enseignements à en tirer ;
  • L’aéroport a rouvert, mais le meilleur moyen de rejoindre Manhattan est probablement en transports en commun.

Les phénomènes météorologiques extrêmes me semblent avant tout interroger les politiques de mobilité sous l’angle de la résilience. Ils font apparaître les fragilités de chaque mode de transport et leurs complémentarités. Les routes sont très utiles pour permettre l’évacuation des populations avant une tempête (si elles ne sont pas embouteillées!), mais elles sont une source de danger pendant l’évènement et peuvent devenir inutilisables (impraticables) ou inutiles (pénurie carburant et embouteillages) pendant plusieurs jours ou semaines après l’évènement.

En intégrant aux politiques de mobilité la résilience en cas d’évènement grave (pas uniquement climatique), on est certainement conduite à augmenter l’efficacité et la complémentarité de l’ensemble des modes de transport au quotidien. Qu’en pensez-vous ?

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s