Deways, le pionnier de la location P2P, lève des fonds : et après ?

Deways vient de rendre public ces derniers jours l’entrée à son capital d’Eyal Aronoff, investisseur américain reconnu dans le domaine des nouvelles technologies et de l’énergie. La présence d’investisseurs étrangers au capital des acteurs français de la location entre particuliers démontre l’attractivité du modèle et l’avance du marché français. Le cas de Deways est particulièrement significatif parce qu’il s’agit d’un investisseur de référence dans le domaine de la mobilité : il est fondateur de la fondation « Fuel Freedom FOundation » Comment transformer ce marché potentiel et développer un modèle économique viable à long terme ? Quels sont les risques qui pèsent sur le développement des acteurs en présence ?

Tout d’abord une précision importante, qui s’applique à tous les articles que j’écris sur le thème de la location de voitures entre particuliers ou P2P. De par mes fonctions chez Deways et par goût du débat je n’ai aucune prétention à l’objectivité mais uniquement à l’honnêteté intellectuelle. J’accueille avec plaisir la contradiction et un débat respectueux (qui peut être vigoureux!) en commentaire…

CITY-M (éditeur de Deways), annonce avoir accompli sa première levée de fonds auprès d’un investisseur de renommée outre-Atlantique dans les domaines de la mobilité et de l’énergie, Eyal Aronoff (projets Tesla Motors et Pioneer Energy – stockage de CO2 – et Fuel Freedom Fondation). Cette levée de fonds est couplée à la participation de Deways à 2 projets d’innovation et R&D ayant obtenu d’importants financements dans le cadre des Investissements d’Avenir.

Deways a lancé son service début 2010 après 2 ans de tests terrain sur un campus étudiant et se distingue des autres acteurs du marché par son approche « réseau social ». La plupart des acteurs ont privilégié dans un premier temps le produit, donc le développement du site Internet, tandis que Deways a d’abord investi dans le développement d’un réseau social et dans la compréhension des mécanismes permettant de susciter l’adhésion des utilisateurs (propriétaires et conducteurs) au service.


Comment comprendre le marché actuel ?

Il y a déjà une dizaine d’acteurs sur un marché balbutiant dont beaucoup d’experts de la consommation collaborative et de la mobilité durable reconnaissent le potentiel (ce n’est pas pour rien que Deways a été retenu dans 2 projets des Investissements d’Avenir pour décliner son concept de P2P à de nouveaux marchés). Pourtant aujourd’hui chacun semble se focaliser sur une guerre des chiffres : le nombre de voitures, le nombre d’inscrits, le nombre de locations, etc… Il s’agit de questions légitimes mais qui ne sont pas essentielles pour comprendre les dynamiques de ce marché. C’est pourquoi je ne commenterai pas les annonces des uns et des autres pour m’intéresser à ce qui me semble essentiel pour comprendre les acteurs en présence et la dynamique d’évolution du marché.

Le premier enjeu, c’est celui de la réalisation du potentiel. Aujourd’hui, même en cumulant les chiffres des uns et des autres, on dénombre quelques milliers de voitures sur nos plateformes, et en général 5-10 conducteurs inscrits par voiture, soit finalement 20 000 – 30 000 utilisateurs au total, certains étant utilisateurs de plusieurs plateformes. Hors le marché cible est bien plus large que celui-ci, il est supérieur à celui du covoiturage car le covoiturage touche les propriétaires lorsqu’ils utilisent leur véhicule (et qu’ils ont une place disponible) tandis que l’autopartage P2P touche les propriétaires lorsqu’ils n’utilisent pas leur véhicule, soit 95% du temps. Donc à horizon 2 ans, les acteurs qui s’en sortiront sont ceux qui auront su développer un concept suffisamment robuste pour s’adresser à des centaines de milliers de propriétaires de voitures et quelques millions de conducteurs.

Le second enjeu, c’est la maîtrise des coûts. Au-delà des aspects opérationnels et de « scalability » des opérations, la spécificité de la location de voitures entre particuliers, c’est le coût de l’assurance. Aujourd’hui tous les acteurs du marché proposent une offre d’assurance, mais personne n’a effectué suffisamment de transactions (plusieurs centaines de milliers) pour que les assureurs aient une vision suffisamment fine des risques et donc du pricing de l’assurance correspondante. Dans 2 ans ils auront du recul, et les acteurs du P2P qui s’en sortiront seront ceux qui auront maîtrisé la sinistralité, pas ceux qui auront le plus de clients sur leur plateforme.

Comment Deways répond à ces enjeux ?

Deways fonde son développement sur des communautés d’utilisateurs existantes, ce qui est un positionnement unique sur le marché. Ce positionnement apporte des réponses aux 2 enjeux évoqués précédemment :

  • Le passage à l’échelle dense se fait d’abord au niveau, autour de communautés, souvent étudiantes, qui sont le cœur du réseau. Ceci permet d’offrir localement une forte densité d’utilisateurs et de véhicules (donc une valeur importante pour le service) sans atteindre d’avoir une taille critique nationale extrêmement importante ;
  • La communauté offre un potentiel de régulation des comportements extrêmement élevé. La régulation par les pairs, c’est un levier puissant pour limiter la sinistralité et encourager de bonnes pratiques. Tout le monde propose l’évaluation conducteur / propriétaire, mais gâcher sa réputation online et gâcher sa réputation dans la vie réelle, dans les communautés de vie auxquelles nous appartenons, ce n’est pas la même chose, et cela se traduit déjà dans les chiffres de sinistralité.

Les 2 années qui viennent vont être passionnantes, car ce que ces investissements français et étrangers dans les startu-ups françaises du P2P prouvent, c’est le potentiel du concept et les conditions propices offertes par le marché français. Ces années vont être passionnantes parce qu’elles vont vouloir émerger des services plus mûrs, plus adaptés aux besoins des utilisateurs, avec une hybridation croissante entre différents services, notamment dans le domaine de la mobilité partagée.

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3 réflexions sur “Deways, le pionnier de la location P2P, lève des fonds : et après ?

  1. Je ne suis pas très satisfaite de lire l’information de capitalisation de Deways par l’investisseur américain Eyal Aronoff. En effet, je suis propriétaire d’un véhicule « dormant » et ma participation collaborative au système P2P me plaisait bien dans l’optique de partage et de service. La perspective de devoir participer à l’enrichissement d’un fonds capitalistique me fait réfléchir. Alors en attendant de me donner à moi-même une réponse à ma question existentielle j’honore les appels de vos utilisateurs. Si vous pouvez m’en dire un peu plus, je serais un peu moins bête ! Dommage ! ils me plaisent bien tous ces jeunes gens qui prennent mon volant et qui accréditent la thèse d’une communauté responsable.

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    1. Eyal Aronoff est un particulier (qui a beaucoup d’argent) et est investisseur individuel, même si formellement il a sa propre entreprise d’investissement.

      À ce stade, à ma connaissance, Deways est financé uniquement par des business angels (des individus investisseurs), notamment dernièrement à travers une opération de crowd-funding.

      Je ne travaille plus directement pour Deways mais collabore avec eux actuellement pour offrir prochainement un mode de fonctionnement participatif unique en son genre pour les propriétaires de véhicules qui portent de fortes valeurs de partage et veulent être impliqués dans la gouvernance et le développement de Deways.

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