La MACIF a rendu publique la semaine passée son 6ème baromètre de la mobilité durable, en partenariat avec le MEDDEM. Ce baromètre s’intéresse à la perception et aux usages par les français des principaux modes de déplacement alternatifs. Il présente un double intérêt : d’une part il interroge spécifiquement un échantillon représentatif de la population sur les questions de mobilité durable, d’autre part la répétition de l’exercice sur plusieurs années permet d’observer quelques tendances et évolutions.


La MACIF est un acteur de référence de la mobilité durable, aussi bien par ses actions de prévention et de sécurité routière que par son soutien à l’autopartage (la MACIF assure notamment les membres du réseau France Autopartage). Ce soutien de long terme à la mobilité durable s’est aussi concrétisé dans le domaine de la location de voitures entre particuliers, puisque la MACIF a choisi Deways comme partenaire de long terme.

Les français et leurs contradictions

Les sondages et baromètres sur les français et l’environnement ont en commun de démontrer systématiquement une conscience élevée de la nécessité du changement mais une faible conversion en actions et changements de comportement. Tous nous souhaitons du bien à notre planète, mais c’est rarement une priorité : l’emploi, la protection sociale, le pouvoir d’achat ou la sécurité sont des préoccupations plus urgentes, donc jugées plus importantes. A noter tout de même que les 3 premiers sujets de préoccupation semblent intimement liés : emploi, protection sociale, pouvoir d’achat, ce sont trois facettes du bien-être matériel que nous recherchons légitimement. La question de la sécurité, c’est celle de la préservation de ce bien-être matériel au quotidien. Finalement les priorités des français vont logiquement à des préoccupations court terme relatives à leur bien-être, et placent à un niveau moindre des préoccupations de long terme qui les affectent moins personnellement. Ce sont donc les CSP+, ceux qui sont moins préoccupés par des questions matérielles au quotidien, ou bien les « convaincus par la cause » qui peuvent accorder une plus grande priorité à la protection de l’environnement. Ce n’est qu’un cas d’application supplémentaire de la pyramide de Maslow.

La crise aidant, un certain réalisme / pragmatisme gagnant les esprits peut-être, les français expriment moins d’intentions d’utiliser des modes de transport moins polluants par rapport à 2008, qu’il s’agisse des véhicules propres, du covoiturage, de l’autopartage, des vélos. Et pourtant… les modes alternatifs progressent ! En notoriété et en pratique. En notoriété, c’est l’autopartage cette année qui bénéficie d’un bond de notoriété mais aussi d’accessibilité localement. Ceci est probablement dû à la fois au développement d’Autolib’ à Paris qui a contribué à faire connaître ce mode de transport, et aux efforts de nombreuses collectivités et acteurs, notamment du réseau France Autopartage, pour développer des services d’autopartage dans des villes de province moyennes ou grandes. Le covoiturage fait lui un bond en termes d’usage comme en témoignent les succès récents de covoiturage.fr ou bien de plateformes locales financées par les collectivités ou les entreprises.

De la nécessité de l’intermédiation

Ce baromètre semble acter le succès des intermédiaires pour mettre en relation l’offre et la demande et fournir des services additionnels, notamment pour sécuriser les échanges. Dans le cas du covoiturage, on peut réellement dire que le système d’un tiers de confiance, qui doit être financé (par les utilisateurs – covoiturage.fr et carpooling.com – ou par des tiers– Greencove avec les collectivités et entreprises), démontre sa valeur ajoutée pour l’évolution des usages.

Le covoiturage a désormais atteint une dimension que n’a jamais eue « l’auto-stop ». L’auto-stop peut être idéalisé parce que d’apparence plus altruiste (encore que l’étiquette instituait déjà fréquemment une forme de compensation entre conducteur et auto-stoppeur), mais il ne permettait pas de transporter 350 000 personnes en un week-end comme covoiturage.fr affirme l’avoir fait au cours de l’été. Il ne permettait pas de considérer le partage du véhicule comme un mode de transport à part entière pouvant faire l’objet de financements, de soutiens de la collectivité et d’une intégration réelle aux autres modes de transport traditionnels. Il ne donnait pas de garanties aux conducteurs comme aux auto-stoppeurs sur la sécurité du service. Toutes ces déficiences limitaient drastiquement le potentiel de l’auto-stop, condamné à rester une pratique ponctuelle, pratiquée par les jeunes, quelques convaincus et les plus désargentés, bénéficiant d’une réputation à la frontière entre « aventureux » et « marginal ».

Profil démographique des clients du covoiturage. Source : Carpooling.com

Il faut reconnaître aux plateformes de covoiturage qu’elles apportent plus que la simple mise en relation : réputation des membres, gestion des conflits / incidents, sécurité des paiements, demain peut-être des assurances spécifiques comme le proposent déjà certains acteurs aux Etats-Unis. Ce n’était pas gagné puisque l’on partait d’une pratique en apparence auto-suffisante, ne nécessitant pas le recours à un tiers hormis pour la mise en relation (simple petite annonce partagée).

Conclusion

Si le covoiturage, après de longues années de gestation, émerge finalement, c’est parce qu’il a acquis une notoriété et une maturité de l’offre suffisantes. De même l’autopartage est promis à un décollage à court terme grâce à la notoriété croissante acquise, mais uniquement sur les territoires où l’infrastructure est déployée, ce qui limite sa portée.

L’autopartage P2P, ou location de voitures entre particuliers, lancé par Deways en 2010 avant d’être rejoint par une pléthore d’acteurs, a un potentiel qui se rapproche davantage de celui du covoiturage : accessibilité du service à tous, investissements concentrés sur la plateforme d’intermédiation, et non dans des véhicules ou immobilisations, effets de communauté et de viralité très importants. Pourtant le baromètre de 2011 relevait un certain nombre de freins finalement très semblables à ceux que pouvait rencontrer le covoiturage il y a 5 ans.

Cela signifie que les services de location de voiture entre particuliers qui prospèreront dans quelques années sont ceux qui auront su développer des communautés vivantes d’utilisateurs (l’effet réseau est l’actif essentiel d’un service de ce type) tout en développant un modèle économique robuste, notamment en maîtrisant la sinistralité qui est susceptible de faire exploser les primes d’assurance.

Le potentiel des services de mobilité durable est encore largement latent, à la fois parce qu’ils sont encore peu développés et parce que les combinaisons entre services ouvrent des potentialités. Il suffit de se rappeler que le covoiturage permet d’optimiser l’usage des véhicules pendant les 5% de temps où ils roulent, et que l’autopartage P2P permet d’optimiser cet usage pendant les 95% de temps où ces mêmes véhicules ne roulent pas!

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Une réflexion sur “Baromètre mobilité durable de la MACIF : entre contradictions et développement de l’intermédiation

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