Autolib’ a rendu publics 2 chiffres d’activité ces derniers jours sur son compte Twitter. Le premier : 500 000 locations depuis le lancement du service en novembre dernier. Le second : environ 2 500 locations / jour. Sur la base de 1900 Bluecar en circulation cela représente environ 1,3 locations / jour / Bluecar.

Tout d’abord précisons qu’il n’est pas possible d’émettre un jugement sur la réussite du service Autolib’ à ce stade. C’est dans 18 – 24 mois qu’il sera réellement possible d’évaluer le succès commercial et les impacts sociétaux du service.

Ce que nous disent ces chiffres

Le nombre de locations / jour, 2500, nous apprend que les Autolib’ tournent en moyenne plus d’une fois par jour (il y a moins de 2000 Bluecar en circulation). Pour un nombre de voitures aussi élevé ce n’est pas mal même si ce ne sera pas suffisant pour assurer la rentabilité. Autolib’ a bâti son modèle d’affaires sur 80 000 abonnés annuels à terme. En mai il y avait plus de 5 000 abonnés et Vincent Bolloré en espère 30 000 d’ici à la fin de l’année. Ce chiffre de 30 000 est atteignable si le marché des entreprises décolle comme attendu grâce aux offres spécifiques lancées au printemps.

D’après les chiffres communiqués par Autolib, il y a actuellement 12 200 abonnés annuels dits premium en date du 20 septembre.  Pour 2 500 locations / jour, cela signifie que les abonnés annuels utilisent une Bluecar environ une fois par semaine (en tenant compte du fait qu’il y a des abonnés non premium), ce qui est significatif : nous sommes dans l’usage ponctuel mais régulier, qui est visé principalement par le service Autolib’. Ces chiffres nous permettent d’évaluer très grossièrement le taux d’utilisation des véhicules (en nombre d’heures par jour), qui est l’un des indicateurs clefs habituellement observés dans le secteur. Si chaque véhicule tourne 1,3 fois par jour, il est probable que les véhicules tournent environ une heure par jour. C’est encore peu puisqu’on considère en général que les véhicules doivent tourner 6-8 heures / jour pour atteindre un équilibre financier dans l’autopartage. Mais c’est normal dans la mesure où le système est encore en plein déploiement : le nombre de véhicules excède logiquement la demande.

Prochaines étapes

Bien sûr l’éventuelle publication de premiers chiffres détaillés pour les « un an » d’Autolib’ nous donnerait une bien meilleure compréhension du succès du déploiement. Voici quels sont les chiffres / indicateurs qui auront de l’importance pour évaluer le service :

  • Nombre d’abonnés par type : courte durée, annuel, particuliers ou professionnels (ce dernier segment est d’un grand intérêt) ;
  • Nombre d’heures de locations / jour pour les Bluecar ;
  • Chiffre d’affaires (ou nombre d’unités vendues) pour les différents abonnements et le nombre de locations total ;
  • Bien sûr des données sur les usages d’Autolib’ seraient du plus haut d’intérêt, notamment afin de mieux évaluer l’impact environnemental positif du service.

Les prochains jalons à observer sont les suivants de mon point de vue :

  • Le passage à 10 000 locations / jours => Cela signifiera que les véhicules sont utilisés au moins 3 fois par jour en moyenne. Atteindre un tel seuil correspondrait à un usage plutôt optimal des véhicules ;
  • Atteindre 2H/jour d’utilisation, c’est un premier jalon qui a du sens. Je ne suis pas certain qu’un système ne trace directe doive être comparé à un système en boucle fermée en termes de nombre d’heures d’utilisation, car le système en boucle fermée inclut des temps de stationnement. Les tarifs sont très différents entre les 2 systèmes. Finalement 2H/jour est cohérent avec 3 utilisations de courte durée chaque jour ;
  • Atteindre 30 000 abonnés à la fin de l’année, l’objectif de Vincent Bolloré, c’est ambitieux et augurerait très favorablement des perspectives d’Autolib’. Mon pronostic c’est qu’un tel chiffre pourrait être atteint grâce à une contribution significative des abonnements professionnels et entreprise.

Conclusion

La publication de chiffres sur le service Autolib’ suscite un intérêt qui va au-delà du succès commercial de telle ou telle entreprise. Ces chiffres sont importants pour évaluer le modèle original mis en place à Paris et éclairer les décisions d’autres villes en France, en Europe et dans le monde qui envisagent des systèmes proches. Autolib’ a bien sûr intérêt à diffuser des chiffres car il serait étonnant que le groupe Bolloré ne souhaite pas valoriser ses savoir-faire et diffuser son modèle ailleurs dans le monde en cas de succès.

Dans le Journal du Dimanche, Yves Contasso, en manque de publicité certainement ou attristé du succès d’un projet auquel les Verts parisiens se sont toujours opposés, fait un faux procès sur la question de la publication de résultats financiers par la société Autolib’. En effet il doit très bien savoir que le contrat de DSP est supervisé par le Syndicat Mixte Autolib’, qui audite les comptes d’Autolib’ chaque année et qui est l’organisme qui doit publier de tels chiffres annuellement au nom de toutes les collectivités membres du Syndicat Mixte (cf. article à ce sujet). En ce sens il n’est pas anormal qu’Autolib’ ait une communication institutionnelle et commerciale sur le service, tandis que le Syndicat Mixte a la mission de rendre des comptes sur le bilan économique et environnemental du projet. Quant à savoir si Autolib’ doit s’inquiéter de l’arrivée de Communauto à Paris : oui, il y aura concurrence, mais aussi élargissement de l’offre au bénéfice des utilisateurs et même des acteurs de la mobilité durable : car mieux vaut partager à plusieurs un gros gâteau qu’un petit tout seul! J’ai abordé ce sujet dans un précédent article.

Le premier succès finalement c’est le déploiement, réussi pour l’essentiel, de 3 000 véhicules électriques, 1 000 stations, plus de 5 000 bornes de recharge sur Paris et sa première couronne. Ceci malgré toutes les craintes qui s’exprimaient l’année dernière à la même époque. Quel que soit le succès commercial à court terme, qui n’est probablement pas l’enjeu principal, c’est bien le déploiement et l’exploitation opérationnelle du service qui constitueront le premier succès d’Autolib’ et du Syndicat Mixte de collectivités franciliennes à l’origine du projet.

NB : Plus d’infos sur le service Autolib’ sur la page dédiée de la série thématique.

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