Le rachat de Mobizen par Communauto : une opportunité pour la mobilité partagée en Ile de France

Communauto a annoncé le rachat de l’opérateur d’autopartage Mobizen hier. Benoît Robert, président-fondateur de Communauto, a donné une interview à Challenges pour expliquer ses ambitions : créer un service d’autopartage de même ampleur qu’Autolib’ sur l’Ile de France, avec un modèle alternatif.

Pour rappel, Communauto est un acteur historique de l’autopartage et un leader au Québec et au Canada. Surtout, il s’agit de l’un des rares acteurs de cette taille à proclamer être rentable depuis quasiment ses débuts, avec une approche fondée sur des tarifs bas permettant de faire tourner les véhicules au maximum, jusqu’à 12 heures par jour, quand les standards du marché sont plutôt entre 4 et 9 heures par jour.

Pourquoi est-ce une bonne nouvelle pour la mobilité partagée ?

Malgré le soutien historique de la ville de Paris à l’autopartage et de nombreux acteurs qui se sont lancés, l’autopartage à Paris avant l’arrivée d’Autolib’ était dans un état anémique. La faute à un manque d’ambition et l’absence de rentabilité du service (mais c’est aussi l’oeuf ou la poule, l’échelle réduite des services proposés ne permettant pas d’atteindre une masse critique d’utilisateurs).

Communauto affirme vouloir développer Mobizen jusqu’à un objectif très ambitieux de 4000 véhicules en Ile de France (donc pas seulement à Paris). Même 1000 véhicules à Paris et première couronne permettraient déjà d’offrir un complément à Autolib’. Comme je l’expliquais dans un article précédent, les deux services ont des modèles complémentaires : Autolib’ repose sur la trace directe pour un maximum de flexibilité mais un coût plus élevé, tandis que Communauto pourra proposer un réseau dense de véhicules en boucle fermée à des tarifs plus agressifs.

Non seulement les 2 offres permettront de répondre à des budgets et des usages différents, mais les recoupements d’usage et la concurrence apporteraient aux utilisateurs des raisons supplémentaires de se passer de leur voiture. Si en plus de toutes les offres de transports en commun et de modes doux vous disposez de 2 offres d’autopartage complémentaires, vous pouvez couvrir les besoins de votre mobilité quotidienne en toute confiance et sécurité, et donc abandonner votre voiture.

Il reste alors aux utilisateurs à couvrir des besoins plus ponctuels ou pour des distances plus grandes. Dans ces cas de figure le train couplé à de la location courte durée est idéal, particulièrement avec l’émergence des acteurs de la location P2P comme Deways ou Voiturelib (les 2 acteurs ayant levé le plus de fonds à ce jour pour leur développement) qui étendent largement l’offre des loueurs traditionnels avec des véhicules moins chers et un maillage plus dense du territoire.

L’arrivée de Communauto à Paris et ses ambitions affichées ouvrent la perspective d’offres de mobilité partagée plus riches et complémentaires, ce qui permettra de toucher une population d’utilisateurs toujours plus large.

Le projet de Communauto est-il réalisable ?

Promettre plusieurs milliers de véhicules en autopartage à Paris est ambitieux, les acteurs historiques s’étant cassé les dents. La présence du service Autolib’ est à la fois un avantage et un inconvénient :

  • L’avantage, c’est la sensibilisation du grand public aux offres d’autopartage. Communauto n’aura pas le même travail de communication à effectuer : il pourra se positionner comme le concurrent d’Autolib’ avec des tarifs plus agressifs et un modèle un peu différent;
  • L’inconvénient, c’est bien sûr qu’Autolib’ détient des parts de marché de l’autopartage et dispose d’une forte visibilité, ce qui réduit peut-être le potentiel de véhicules pour Communauto dans le centre de Paris. Le problème n’est pas tant la demande que la disponibilité de places de stationnement en voirie (visible et pratique, peu cher) ou en souterrain (prix très élevés, moins de visibilité, moins de praticité).

La présence d’un acteur de poids qui pourrait réclamer des places en voirie (et pas seulement des places dans les parkings de la SAEMES) signifie que les collectivités devront gérer l’affectation des places aux différents services alors que celles-ci sont directement impliquées dans Autolib’. On peut déjà anticiper des contentieux qui pourraient aussi comporter un volet judiciaire sur la légalité de certaines dispositions de la DSP liant Autolib’ (société du groupe Bolloré) au Syndicat Mixte Autolib’ (représentant les collectivités locales).

Cela promet de belles opportunités d’articles sur l’autopartage à Paris 😉 Bienvenue à Communauto en France.

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