Pourquoi devrait-on s’ennuyer pour innover dans les transports ?

Nos amis américains ont quelques qualités dont nous devrions nous inspirer : ils savent créer du spectacle et mobiliser le grand public avec. Il y a bien longtemps nous savions aussi faire cela en Europe. Quand les premiers projets fous de métro ou de train ont été mis en œuvre, ils ont suscité l’enthousiasme populaire.

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Le projet hyperloop d’Elon Musk – Source : HyperLoop

Désormais les nouveaux « grands projets » font l’objet de pinailleries politiques interminables, sont conçus par des bureaux d’étude anonymes, sont terriblement conformistes et limités par le budget, ne portent pas de vision nouvelle pour la société, avancent à un rythme de sénateur lors de son troisième mandat, font l’objet de « consultations publiques » où participent principalement des « citoyens professionnels », pour finalement ne déclencher aucune hystérie collective, hormis 10 ans plus tard quand l’infrastructure est déjà saturée !
Rien de tout cela avec quelques trublions qui ont décidé de revoir radicalement nos modes de transport.
Il y avait déjà eu le DARPA Grand Challenge 2004, suivi de la version 2005, pour lancer la course aux véhicules autonomes dans le désert. Un événement en public où s’affrontaient des équipes d’universitaires et constructeurs. Déjà assez sympa.

La version 2007 du Challenge en milieu urbain franchissait un nouveau palier. On pourrait croire que tout ceci n’était que de l’amusement, mais quelques années après l’énorme projet européen aux résultats peu spectaculaires, ce challenge a posé les fondations de ce que font Goigle, Tesla et les constructeurs auto aujourd’hui. Leurs équipes ont participé à ces challenges !

Elon Musk ne procède pas autrement. Puisque les gens sérieux et les bureaucrates sont sceptiques sur son projet, il invite des équipes à entrer en compétition pour le faire, et il organise une grande fête autour ! Et j’aimerais bien y aller voir l’été prochain… Car on peut être décalé mais se donner les moyens de ses ambitions !

http://www.forbes.com/sites/ericmack/2016/01/31/elon-musk-to-test-hyperloop-before-big-crowds-this-summer/#161189da3bc0

Le chaînon manquant du transport public : une atteinte inacceptable au monopole des Autorités Orga nisatrices ?

Il y a un consensus sur l’existence d’un gap à combler entre transports publics et voiture individuelle. Jusqu’ici les AOM (Autorités Organisatrices de la Mobilité) ont soutenu le covoiturage à but non lucratif, au sens puriste, pour les mobilités du quotidien. C’est très bien. Cela a une petite efficacité. Mais cela n’a pas démontré son potentiel pour régler le problème et avoir un effet de masse.

Les solutions de « microtransit » ouvrent un nouveau champ de solutions un peu tabou car il remet potentiellement en cause le monopole des AOM sur le transport public de personnes. Ces services posent problème non seulement parce qu’ils reposent sur de petits véhicules opérés par des acteurs privés (sans subvention parfois !) mais aussi parce que la nature très dynamique du service rend difficile leur appropriation par les AOM habituées à gérer des routes statiques et des capacités fixes pour l’essentiel. Il faudrait ajouter toutes les barrières culturelles inévitables entre ces différents acteurs.

Pourtant ces acteurs pourraient offrir des solutions attractives pour les AOM les plus désespérément à la recherche de solutions là où il n’y en a pas de pertinente. Avis aux amateurs en zones périurbaines et rurales.

En France un acteur s’est positionné sur ce marché. Il s’agit de PADAM qui a été choisi par la Fabrique des Mobilités au regard de son potentiel disruptif et sera accompagnée en 2016 lors de la première promotion. Objectif : initier de premières collaborations avec des acteurs publics et AOM ! Et pourquoi pas aussi de grands opérateurs de transport.

http://www.theglobeandmail.com/news/toronto/microtransit-cities-should-explore-innovation-that-will-help-move-people/article27931173/#

Uber s’attaque sérieusement aux transports

Ce n’est pas le premier signe ou le premier essai qu’Uber se conçoit comme bien plus qu’un service VTC mais plutôt comme celui qui videra les villes de voitures que vous conduisez vous-même (pour y mettre leurs voitures).

En ajoutant ces 2 services dédiés aux transports du quotidien Uber offre du covoiturage dynamique mais massifié (seule condition de succès) et du transport professionnel groupé à bas coût avec des « lignes virtuelles ». Ils ont la masse critique d’utilisateurs pour le faire.

Rassurez-vous toutefois la France ne devrait pas être concernée de suite 😦

Le potentiel lié à des transports du quotidien flexibles est énorme aussi bien là où il n’y a pas de transports en commun que là où il faut étendre le réseau par d’autres moyens.
http://venturebeat.com/2015/12/08/uber-is-testing-a-new-commuter-transit-service-in-seattle-and-chicago/

#Uber franchit le rubicon… du #transport public

Il fallait s’y attendre, Uber entend exploiter les faiblesses de nombreux réseaux de transports pour fournir de nouveaux services de transport collectif qui vont plus loin que UberPOOL déjà disponible (taxi partagé).
Rien n’indique que la coopération avec les organisateurs du transport à Rome soit très forte. On imagine donc la levée de boucliers potentielle. Toutefois le contexte de déliquescence romain et de Jubilé au Vatican devrait faire taire les critiques : tout supplément d’offre sera le bienvenu.

Imaginons un peu ce qu’Uber pourrait faire de tout cela : des partenariats avec des métropoles ou des villes plus petites (le modèle Bridj aux US), des services ponctuels lors d’événements rassemblant beaucoup de monde (comme PADAM à Paris) en partenariat avec les AOM ou les organisateurs. Ses navettes / chauffeurs pourraient d’ailleurs bouger de ville en ville.

Uber apporte encore et toujours la technologie, la logistique, la transaction sécurisée, etc. Et une capacité à aller vite et massivement dès qu’une opportunité est confirmée (donc à écraser toute concurrence).

Reste donc à attendre le Jubilé pour savoir si Uber va entrer de plein pied dans le transport public. Uber n’a pas fini de se faire des ennemis…
http://www.mobilicites.com/011-4446-Rome-Uber-se-lance-dans-le-transport-public.html

Faut-il renoncer à toute politique de #transport en commun en France ?

Mettre en avant la marche et le vélo dans le système de mobilité, oui ! Tout mélanger, non…
http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/12/03/transports-franciliens-aucune-proposition-politique-n-est-a-la-hauteur-du-probleme_4823370_3234.html

1/ Cela part d’un constat biaisé : la part des déplacements à pied. Importants en nombre ils le sont, mais ils représentent une part réduite des voyageurs.kilomètre.

2/ Ensuite espérer que les déplacements à pied vont désengorger les transports en commun : j’aime la marche, le fait beaucoup, mais ce n’est que marginalement que élan peut entrer en compétition avec les transports en commun, sauf éventuellement le bus marginalement. Ou alors il faut poser la question autrement : comment augmenter le nombre d’activités / déplacements quel l’on puisse faire à pied ? C’est alors poser la question à long terme de nos modes de vie, de l’aménagement des villes, du developpement économique et même de l’organisation du travail. Alors là oui cela aurait du sens de mettre marche et transports en commun en compétition.
En revanche oui le vélo, et encore plus le vélo électrique, peut remplacer les transports s’il est développé de misère volontariste. Atteindre 30% de part modale avant 2050 devrait être un objectif pour toute grande métropole mondiale !

3/ Reprocher aux candidats aux régionales de parler route et transports en commun. Eux qui pourtant si souvent parlent de choses qui ne sont pas dans leurs compétences, ils sont là en plein dedans. C’est donc normal qu’ils en parlent. Quant à la marche et au vélo, leur developpement est principalement du ressort des agglomérations, voilà tout, avec des contextes très variés sur le territoire régional. Porter un discours centré sur ces points serait s’aliéner les élus locaux compétents et être forcément déconnecté de la réalité terrain.
La politique vélo à Paris intra-muros et chez moi à Pontoise (avec sa colline en plus) n’a pas le même sens, ne présente pas les mêmes enjeux.
En revanche il pourrait y avoir un discours régional sur la manière de développer les synergies entre les différents modes. Parce que la Région peut désormais être aussi prescripteurs et parce qu’elle a la main sur les gares, lieux essentiels pour effectivement développer le vélo et la marche.

4/ Enfin renvoyer dos à dos le transport routier et le transport en commun me paraît à courte vue. Ce dernier n’est pas parfait, il est coûteux, difficile (politiquement) à entretenir (dépense aux effets non visibles) mais il est bien plus qu’un facteur de développement économique : il est facteur de lien sociale et enabler de la marche et du vélo comme modes principaux au quotidien.
Nous ne sommes pas prêts à l’échelle d’une région comme lle de France à vivre en autarcie dans des villages qui seraient autosuffisants et parcourables à pied ou en vélo. Nous avons besoin en 2050 de mieux vivants et agréables (ce qui fait cruellement défaut en Ile de France) reliés efficacement entre eux par un réseau DD transports en commun efficients et disponibles, le réseau routier existant (l’entretenir mais ne pas le développer) et un réseau dédié au vélo électrique et d’autres véhicules légers et sobres (ce dernier réseau est à construire).

Le plan #transport #COP21 qui n’a pas été mis en place

L’ouverture de la COP 21 aurait pu être l’occasion d’une grande mobilisation utilisant les inévitables restrictions de circulation pour démontrer qu’en utilisant la palette de solutions d’ores et déjà disponibles on peut s’adapter efficacement.
Mais les autorités ont préféré recommander de ne pas circuler en voiture ET en transports en commun.

Voici ce qu’ils auraient pu faire.
1/ Journée nationale du télétravail
Au-delà des discours, c’était l’occasion de préparer en amont avec les grandes entreprises et les branches la manière de mettre en œuvre du télétravail à la fois en s’appuyant sur ceux qui l’enfant régulièrement et ceux qui ne le font pas habituellement mais dont les taches seraient susceptibles d’être accomplies à distance.
Cela concerne au moins 15% des salariés, mais en Ile de France et à Paris on peut imaginer plus, car les fonctions tertiaires sont surdéveloppées.

2/ Un challenge « Tous à pied / à vélo » !
Pourquoi ne pas s’organiser en amont pour faire des déplacements massifs à vélo (Paris et première couronne) et à pied (Paris). Savez-vous quelle distance peut être parcourue en 45-60mn à pied ou en vélo ?
Cela peut être l’occasion de diffuser des outils informatifs et pratiques pour faciliter ces pratiques (meilleures parcours, applis facilitatrices, bonnes pratiques de sécurité et contre les vols).
Pour les entreprises ayant des PDE et initiatives similaires, une bonne occasion d’activer toutes les initiatives. En combinant cela avec des challenges inter-reprises pourquoi pas ?
Dommage que le challenge Transilien – Withings se soit arrêté la semaine passée (marche)
http://www.marcheenlignes-sncf-transilien.withings.com/
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Ou que les associations militant pour le vélo ne parlent pas toutes d’une même voix !
http://transports.blog.lemonde.fr/2015/11/28/cop-21-tous-a-velo-ou-pas/
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3/ Des transports en commun intelligents
Pour beaucoup d’autres les transports en commun sont nécessaires (en combinaison avec marche / vélo éventuellement, voire voiture). Plutôt que d’aller contre l’initiative régionale / STIF de gratuité des transports il eut été intelligent de profiter de l’occasion pour communiquer le fait que décaler la pointe, l’étaler, permet de gagner en efficacité et en confort sans augmenter les investissements.
Les opérateurs RATP et SNCF pourraient être en pointe là-dessus et une démarche amont avec les entreprises auraient permis d’assouplir les horaires de travail (arriver plus tard ou plus tôt, voire changer exceptionnellement la durée de la journée).
Cette approche peut être couplée avec une dose de télétravail.
À noter que la SNCF travaille déjà là-dessus avec des entreprises.
https://innovation-mobilite.fr/2015/11/17/combien-la-sncf-pourrait-elle-vous-payer-pour-voyager-sur-le-rer-transilien-en-heure-creuse/

4/ Mieux remplir les voitures
Et pour ceux qui vont inévitablement utiliser leur voiture (à tort ou à raison) il était temps de proposer des solutions performantes de covoiturage. Une belle occasion DD découverte.

Toutes ces mesures ont en commun de coûter très peu d’argent mais d’avoir besoin d’une planification en avance pour porter du fruit. Ce qui fait cruellement défaut ici. Elles ont en commun d’aligner un objectif environnemental cohérent avec la COP 21 et la réponse crédible à une contrainte externe, qui déclenche le passage à l’acte. Ces actions peuvent initier des comportements de long terme tout en apportant des réponses à 90% des cas de figure. Ce n’est pas un plan pour bobos parisiens !

Enfin, et c’est une bonne nouvelle : il y aura d’autres événements exceptionnels permettant de mettre en œuvre un tel plan. Deuxième bonne nouvelle : cela ne coûterait quasiment rien, à personne !

On s’y met quand ?

LGV Tours-Bordeaux: Les banques suspendent le financement du projet

Ah ! Les expertises de trafic… Cela joue toujours des tours. Car finalement quand on parle du trafic à 25-30 d’une ligne de train on projette surtout ses propres fantasmes et désirs, ses propres peurs, le tout habillé dans un modèle robuste et éprouvé.

Il y aurait une intéressante étude à mener sur les aspects sociologiques et politiques des expertises de projets publics d’envergure, en particulier dans les transports. Quelqu’un a-t-il connaissance de tels travaux ?
http://m.20minutes.fr/bordeaux/1738535-20151126-lgv-tours-bordeaux-banques-lisea-suspendent-paiement