La morphine ne fera pas la transition numérique de l’automobile

La morphine ne fera pas la transition numérique de l’automobile

La prime à la casse bientôt de retour ?! Le marché se remet à peine de son précédent shoot de morphine que les professionnels du secteur en redemandent un coup. Après tout la dépendance morphinique est un phénomène bien établi, et les arguments du CNPA sans cesse ressassés : cela ne coûtera rien à l’Etat et c’est une mesure écologique pour sortir les « vieux véhicules » qui polluent, de plus de 10 ans.

Ether anesthésique et chlorure de morphine - Crédit : Flickr - Chris Beckett
Ether anesthésique et chlorure de morphine – Crédit : Flickr – Chris Beckett

Assurément le CNPA prend date pour 2017, présente des propositions en espérant qu’elles puissent être reprises par l’un ou l’autre candidat en mal de voix ! C’est de bonne guerre. Et puis cela tomberait 10 ans après le lancement de la dernière prime à la casse.
Je m’arrête donc sur ces « vieux véhicules de 10 ans ». Il s’agit donc globalement des véhicules dont on nous a vendu les bienfaits en 2007 (notamment diesel Euro 3 et Euro 4) pour remplacer les anciens Euro 1 et Euro 2 qui avaient bénéficié… des primes « baladurettes » et « jupettes » respectivement. Ainsi donc, toujours le même mouvement : on nous explique que le problème ce n’est pas l’excès de voitures, particulièrement dans les mobilités du quotidien, simplement l’excès de vieilles voitures ! Avec une double solution toute simple : emmenez-la au garage souvent pour bien la régler puis rachetez-en une neuve !
Dans n’importe quel autre secteur ces arguments de bonimenteur feraient au moins sourire, mais l’automobile est un secteur à part. Et la démonstration publique que l’on ne peut pas compter sur les nouvelles générations de véhicules diesel pour préserver la santé des habitants des zones urbaines denses n’y changera rien. Les mêmes arguments, repris à l’identique tous les 10 ans (on met davantage l’accent sur les NOx que sur le CO2 cette fois-ci), et donc s’auto-infirmant, feront effet. Nous remplacerons donc des véhicules à la moitié de leur durée de vie sur de purs effets d’aubaine, avec un effet macroscopique quasi-nul sur les émissions ou les dépenses énergétiques puisque les effets rebond sont bien documentés. Nous maintiendrons ainsi artificiellement sous perfusion une filière industrielle qui souffre et on ralentira toute transition vers de nouvelles solutions émergentes qui font leurs preuves (et sont bonnes aussi pour l’économie !).
Jusqu’au jour où la morphine ne fera plus effet, où la douleur reviendra, où le mal aura progressé, masqué, où il sera trop tard, peut-être.

Une injection de trop ? Source : Flickr - Andres Rueda
Une injection de trop ? Source : Flickr – Andres Rueda

Ce risque que la morphine ne suffise plus est bien identifié par le CNPA je pense. J’en veux pour preuve une mesure significative proposée : assurer eux-mêmes le financement du permis de conduire à 1€/jour que les banques rechignent à financer. Car il est un fait que les constructeurs et toute la filière observent avec inquiétude : le recul de l’âge de passage du permis de conduire, qui perd son statut de rite de passage à l’âge adulte pour de plus en plus de jeunes (il est vrai aussi que l’on devient adulte de plus en plus tard!) et fait courir le risque à terme d’un recul du taux de possesseurs de permis à 40 ans et plus (l’âge où l’on achète des voitures neuves pour le coup).
Il est ironique de constater que c’est bien ce mouvement, couplé au développement rapide de systèmes de transport autonome public ou individualisé dans les années 2020-2030 qui risque de faire chuter drastiquement les émissions de polluants locaux, comme celles de gaz à effet de serre, de nos mobilités. Et pas une énième « jupette » (j’anticipe sur 2017^^).

http://www.lefigaro.fr/conso/2016/02/15/05007-20160215ARTFIG00117-voitures-d-occasion-vers-une-prime-a-la-casse.php
En complément, une étude intéressante sur le recul de l’âge du permis de conduire.

Investir dans le #numérique présente peu d é risques technologiques… au début !

Nicolas Colin explique dans ce post très riche le rôle de la technologie dans les business traditionnels et dans le numérique. Il pointe que lancer un concept dans l’économie numérique comporte très peu de risques technologiques car les technologies sous-jacente sur sont largement disponibles (Internet, GPS, app stores, etc), elles sont « commodotisées », souvent en Open-Source, disponible sur des clous qui rendent l’accès très peu coûteux et entièrement linéaire (on paie uniquement ce dont on a besoin).
Le risque de développer un service de covoiturage, de location de voiture entre particuliers ou une application multimodale, ce n’est pas la technologie, mais le marketing et la capacité d’agréger une large communauté d’utilisateurs. Donc les Venture Capitalists (VC) investissent dans une activité qui comporte un fort risque marketing mais un faible risque technologique, avec une possibilité de retour sur investissement très importante en cas de succès. C’est le pari des investisseurs dans BlaBlaCar et Uber.

Mais une Startup du numérique qui croit avec tous les bénéfices associés voit s’accroître son risque technologique car elle n’a d’autres choix que d’investir pour gérer la masse d’utilisateur et proposer de nouvelles offres pour maintenir la concurrence à distance. Uber est un colosse aux pieds d’argile car il peut perdre ses clients (et chauffeurs) très vite si un nouveau concept est développé.

Il y a donc une guerre des talents et une course à l’innovation inévitable pour maintenir une position dominante, contrairement aux secteurs traditionnels comme l’automobile où les barrières à l’entrée telles les infrastructures, usines, brevets et réglementations maintiennent toute concurrence de la part de nouveaux acteurs, conduisant à une innovation diminuée. Ce qui explique par exemple aujourd’hui qu’il y ait peu d’innovation sur le véhicule, par exemple les véhicules non homologables en catégorie M1.

On comprend qu’il y a une opposition entre élever des barrières à l’entrée liées au marketing et aux moyens de production (automobile) qui conduisent à une plus faible innovation et surtout des retours moindres, et developper un concept dans le numérique qui présente peu de risques technologiques au démarrage mais nécessite de plus grands risques technologiques pour se maintenir. Combiner n’est pas simple même s’il y a des exemples comme Netflix ou Amazon.

https://medium.com/welcome-to-thefamily/low-risk-high-reward-why-venture-capital-thrives-in-the-digital-world-ed56d0b14dc#.lzwr8f3y6

Les Français font confiance aux acteurs de la nouvelle économie

Les acteurs du numérique et en particulier les plateformes entre particuliers (Le Bon Coin et BlaBlaCar) sont en tête de l’authenticité et de la confiance accordées par les français à des entreprises. Au contraire Uber, Facebook ou Twitter sont dans les limbes.

Faut-il comprendre que les français valorisent de véritables interactions P2P sur les places de marché, sans être réticentes à ce qu’il y ait un véritable modèle économique derrière ?
Je pense que cela doit inspirer notre réflexion dans les transports et la mobilité. Et que le gouvernement, du moins le cabinet Macron, devrait cesser d’attaquer un modèle plébiscité par les français, notamment à travers BlaBlaCar. L’exemple récent d’une libéralisation incontrôlée des cars pour faire du tort à notre licorne nationale des transports, pourrait se révéler contre-productive : cars utilisés parfois à contre-emploi, concurrence avec le train encore accrue, entrée d’acteurs étrangers sur le marché.
Le développement d’entreprises aux innovations radicales et acceptées par la société est possible en France : profitons-en pour en faire un avantage compétitif réel !
http://www.lefigaro.fr/societes/2015/11/26/20005-20151126ARTFIG00010-les-francais-font-confiance-aux-acteurs-de-la-nouvelle-economie.php