Lorsque la « consommation collaborative » et « l’économie du partage » sont apparues au début des années 2000, tous les entrepreneurs du secteur ont mis en avant la nécessité de bâtir un système de réputation afin de garantir la confiance lors de transactions entre pairs. La Chine est en train de pousser le concept jusqu’au bout… et ça fait peur !

Smartphone application contrôle surveillance confiance.jpeg

Pourtant tout avait bien commencé, avec les succès rencontrés par BlaBlaCar, Airbnb et Drivy (à l’époque je travaillais sur le même sujet chez Deways). BlaBlaCar est allé jusqu’à théoriser cette pratique dans un slogan : D.R.E.A.M.S. Ils ont ensuite réalisé des études pour développer le concept, avec comme slogan « Entering the trust age ». S’il faut en retenir quelque chose, c’est que cela fonctionne plutôt bien. Tellement bien que les chinois se sont dits qu’ils allaient l’industrialiser !

DREAMS-trust-framework

C’est là que tout dérape. Appliquer les mécanismes de contrôle social par les pairs sur une plate-forme est une chose. Si on ne l’apprécie pas on peut s’en passer, adopter un autre mode de fonctionnement. À l’échelle d’une organisation c’est déjà plus problématique, comme en attestent certaines pratiques managériales qui pratiquent énormément l’évaluation et favorisent les burnouts ou des comportements négatifs. Il est même possible de vouloir implémenter un tel fonctionnement de manière positive et éthique, comme nous avons tenté de le faire chez OuiShare : pour nous rendre compte que c’était tout de même hyper anxiogène ! Mais l’appliquer à l’échelle de la société entière, à terme de manière obligatoire, est bien plus puissant : en fonction de (toutes) vos actions, des idées que vous exprimez (ou non) et même de vos fréquentations, une note vous est attribuée pour évaluer si vous êtes fiable, un bon citoyen, respectable. De là pourraient découler votre capacité à trouver un emploi, un logement, et même des amis. Voila de quoi surpasser les rêves les plus dingues des dirigeants chinois et de tous les (petits ou grands) autocrates du monde.

Ville sous contrôle surveillance

Le processus est en cours, rien n’arrêtera les chinois probablement, et le récit que nous en fait Rachel Botsman (pionnière de l’économie collaborative) est tout simplement glaçant. On se rassurera en se disant que cela ne correspond ni à notre culture, ni à notre pratique démocratique. Ou l’on s’inquiétera que tant d’acteurs chinois développent désormais leurs services en Europe en utilisant les mêmes outils (cela pourrai être le cas pour les vélos en libre-service) ; que les services de sécurité développent des boîtes noires pour identifier les comportements déviants qui ne sont peut-être pas très différents dans le principe (la transparence en moins) ; que dans l’ombre des géants du numérique ou d’obscures intermédiaires disposent déjà de quantités d’informations recoupées plutôt impressionnantes.

Nous n’avons pas fini de frissonner…

 

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