Autrement dit BlaBlaCar va-t-il proposer des services de covoiturage aussi en temps réel et des services avec un modèle d’affaire réellement adapté aux usages du quotidien sur courte – moyenne distance ? L’annonce de RideMap pose la question.

De quoi s’agit-il concrètement ? BlaBlaCar a connu plusieurs évolutions de son modèle économique au cours du temps (cf. ci-dessous la présentation de l’historique de la success story BlaBlaCar). Il s’est affiné en quelque chose de « scalable », qui a fait ses preuves, et pour lequel BlaBlaCar a levé des fonds considérables pour l’étendre en Europe et dans le monde.

Frédéric Mazella, le cofondateur de BlaBlaCar, expliquait en mai dernier au OuiShare Fest ce processus qui l’a conduit à devenir dominant sur les trajets moyenne-longue distance (à partir de 50 km, mais surtout 100 km et plus) avec un modèle économique parfaitement adapté. Après avoir expérimenté des plateformes avec des collectivités et des entreprises, il est arrivé à la conclusion que ce modèle et sa propre organisation n’étaient pas adaptés aux trajets de courte distance, au quotidien, ceux qui intéressent le plus les territoires car ils ont un gros impact sur la congestion et la pollution.

RideMap, une fonctionnalité utile pour tous, en covoiturage dynamique ou ponctuel

L'application RideMap permet de visualiser la position des autres covoitureurs sur l'appli mobile
La localisation RideMap sur appli mobile – BlaBlaCar
RideMap permet aux utilisateurs de partager leurs positions respectives au moment de la rencontre pour le covoiturage. Un gain de temps et un aspect pratique certains. Cette fonctionnalité permettra aussi de visualiser les autres covoitureurs présents et signalés, façon Uber. Et cela peut poser question : BlaBlaCar est-il en train de préparer des fonctionnalités qui lui permettront de proposer bientôt du covoiturage en temps réel (appelé aussi covoiturage dynamique), y compris pour les trajets du quotidien ?

C’est une fonctionnalité qui a une utilité par elle-même, qui est auto-suffisante. Comme elle est utile actuellement et qu’elle correspond à l’automatisation d’un usage existant (les utilisateurs échangent leur position / lieu de rencontre par SMS plus ou moins en temps réel), cela pourrait prendre assez rapidement. Surtout qu’il faut globalement que conducteurs et passagers l’utilisent simultanément pour que ce soit utile, ce qui peut rendre la fonctionnalité virale : le conducteur veut l’utiliser par exemple, et il demande à ses 2-3 covoitureurs de l’activer car il est toujours compliqué de se retrouver Porte d’Orléans !

« Cette fonctionnalité correspond à l’automatisation d’un usage existant »

Pourquoi se (re-) lancer dans le covoiturage du quotidien ?

Ensuite, est-ce une base pour proposer du covoiturage en temps réel au quotidien ? Ce n’est pas impossible. C’est certainement un prérequis et BlaBlaCar, comme Waze et quelques autres seulement, a la masse critique d’utilisateurs susceptibles de rendre la fonction attractive. C’est à dire que ces applis existantes ont des millions d’utilisateurs actifs, qui utilisent l’application dans leur véhicules ou leur mobilité, et sont prêts à l’activer en permanence sans contrainte forte. Ces applications sont rares. De plus BlaBlaCar est le plus légitime sur ce créneau puisque BlaBlaCar est devenu synonyme de covoiturage dans le langage courant, et que les utilisateurs ne perçoivent pas le covoiturage de la façon cloisonnée dont les spécialistes (dont moi) le présentent, entre temps réel ou non, courte / longue distance, quotidien ou ponctuel, etc.

Toutefois Frédéric Mazella semble rester prudent sur le sujet du fait de ses expériences antérieures qui ont été des échecs. Officiellement donc il ne s’agit pas d’un modèle économique recherché par BlaBlaCar, qui est censé se concentrer sur le seul modèle d’annonces en amont du voyage, de manière statique. La mission actuelle de BlaBlaCar est avant tout de déployer ce modèle à l’étranger et de développer des services et partenariats pour « monétiser » sa large communauté d’utilisateurs (environ 7 millions) : VINCI Autoroutes et AXA en font déjà partie parmi d’autres en gestation. Une première étape vers une plateforme en somme. 
« BlaBlaCar est devenu synonyme de covoiturage dans le langage courant »
En même temps on constate que le marché français a mûri sur la longue distance, où BlaBlaCar est archi-dominant. Il n’est certainement pas saturé mais la partie la plus « accessible » de la population a été captée. Il y a encore des marges de manœuvre, mais il sera toujours plus difficile de convaincre ces nouveaux utilisateurs de rejoindre la plateforme, à mesure que l’on se rapproche du cœur des automobilistes convaincus. Il est aussi nécessaire de s’assurer que les utilisateurs actifs actuels le sont de plus en plus, alors qu’un grand nombre de ceux-ci aujourd’hui ont un usage ponctuel, pour des vacances par exemple.Il existe aussi un risque qu’un système aussi simple et rôdé puisse être « commodotisé » ou « uberisé » comme disent les vieux de nos jours ! C’est à dire que des services du même type puissent émerger malgré l’effet réseau, justement parce que lorsque l’offre et la demande deviennent massifs il suffit d’en capter une petite partie pour avoir un équilibre satisfaisant en termes de service proposé.
Frédéric Mazella reconnaît aussi lui-même qu’il y a un potentiel sur le marché du covoiturage courte distance, avec une véritable attente mais pas de modèle efficace à ce jour, et d’autres acteurs de poids qui s’y intéressent (Waze, Google, Uber), tandis que personne d’autre que lui dans le covoiturage n’a une taille suffisante pour leur
Donc cela doit être tentant pour BlaBlaCar de regarder ce qui est possible. Surtout lorsqu’on a les briques technologiques pour le faire, et les moyens techniques, humains et financiers d’affronter les géants du numérique.

Comment se lancer dans le covoiturage temps réel du quotidien ?

Certainement pas en reproduisant les modèles expérimentés dans les années 2000, caractérisés par un financement des entreprises ou des collectivités sous forme d’un abonnement annuel. Modèles aussi caractérisés par une approche top-down, une organisation perçue comme légitime proposant aux utilisateurs une formule et des outils pour covoiturer. Ce modèle, globalement, a échoué, même s’il perdure encore. Il permet certes de communiquer et faire connaître la démarche, tout autour du site, mais au niveau du site le service apporté ne convient pas, ni le modèle économique reposant sur des revenus sans cesse déclinant, avec une relation commerciale complexe à nouer.

Si BlaBlaCar venait à se lancer dans le sujet, ce serait de manière bottom-up, comme ce qu’ils ont réussi aujourd’hui :

1/ Déployer progressivement des fonctionnalités utiles pour leurs clients et usages actuels ;

2/ Observer si les usages du quotidien sur petite distance, et les usages en temps réel (réservation à la volée) se développent, et comment il est possible d’apporter un service convenable ;

3/ Sur cette base, complétée éventuellement d’expérimentations façon Uber (périmètre limité, courte durée, évaluation quantitative), ils choisiront d’industrialiser une offre complétée et adaptée, ou non.

Outre la fonctionnalité RideMap, voici quelques autres briques fonctionnelles probablement nécessaires pour envisager un véritable service de covoiturage pour tous et en toutes circonstances :

1/ Un nouveau processus de réservation en temps réel, compatible avec la conduite automobile et un fort besoin de réactivité. BlaBlaCar peut s’inspirer d’Uber et autres VTC, de ce que fait Waze voire Coyote, mais devra adapter tout cela à ce nouveau contexte ;

2/ Gérer les questions de traçabilité pour l’application des règles fiscales et sociales, plus importantes pour le covoiturage du quotidien domicile – travail (remboursements par l’employeur notamment) ;

3/ Éventuellement valoriser ces trajets plus vertueux que la voiture solo,en CEE (Certificats d’Économie d’Énergie) ou autres, comme c’est déjà le cas dans le cadre du partenariat avec Vinci.

RideMap est un bon point de départ

RideMap est un bon point de départ, car cela s’inscrit dans la continuité du service actuellement offert. C’est d’abord une fonctionnalité pour les clients et usages actuels, et BlaBlaCar peut sans risque le présenter comme tel. Et peut aussi ne pas aller plus loin, tout en conservant la fonctionnalité, sans donner l’impression d’un échec.
Il s’agit aussi de la fonctionnalité la plus essentielle qui permettra d’observer si des utilisateurs du quotidien qui se passent actuellement d’une application parce qu’ils connaissent leur covoitureurs pourraient se laisser tenter.
La question est : seront-ils prêts à dépenser de 0,50€ TTC à 1 € TCC pour un trajet du quotidien, équivalent à la commission de BlaBlaCar ? Pour ce prix ils auront désormais une facilité pour se retrouver voire trouver des covoitureurs à la volée. ont une gestion de la transaction et une traçabilité, et désormais une nouvelle fonctionnalité facilitant la gestion des trajets réguliers…
Ce fut pour moi la dernière petite surprise en mettant à jour mon application BlaBlaCar : celle-ci me propose, lorsque je souhaite ajouter un trajet, une option pour les trajets réguliers ! Et celle-ci est plutôt bien faite et efficace je dois dire. La diaporama ci-dessous vous décrit l’ensemble du parcours utilisateur. Notez l’utilisation futée des couleurs pour gérer les départs et retours, ainsi qu’une plus classique gestion des jours de la semaine. Avec ce process il devient très simple de gérer mois par moi l’ensemble de ses annonces, en notant que BlaBlaCar permet de générer ainsi un maximum de 60 annonces individuelles, soit l’équivalent d’un mois calendriers d’aller / retour ou un mois et demi de travail.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cette fonctionnalité a fait l’objet d’une communication beaucoup plus discrète (uniquement in-app, pas d’article de blog), et elle est beaucoup moins spectaculaire (d’autres applications offrent la même chose). Elle est pourtant très significative car elle démontre que BlaBlacar est décidé à tester le concept et sa viabilité, sans forcément faire trop de vagues, afin d’envisager un lancement massif en cas de succès, élargissant potentiellement à la fois sa base d’utilisateurs et les usages couverts. Le potentiel marché des mobilités du quotidien pour des trajets réguliers de 10km à 50km est extrêmement conséquent. On peut estimer que la taille de ce marché est au moins équivalente au marché adressable de la longue distance (que BlaBlaCar n’a pas encore entièrement exploité). L’enjeu est donc de taille et nous sommes nombreux à être impatients de voce qui peut en sortir.
J’en profite pour remercier Gabriel Plassat de m’avoir branché sur ce sujet cet après-midi. Vous le retrouverez comme d’habitude sur l’excellent blog Transport du Futur et sur La Fabrique des Mobilités.
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